L’édito de Février 2012
Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos parents
Philippe Le Meur,éleveur à Tourc’h et administrateur du Gab29
Le 29 novembre dernier se déroulait le CRIT (Comité Régional Installation Transmission), grande messe annuelle où l’on fait le bilan des installations dans les quatre départements. Tout le « gratin » y était représenté : l’administration (le DG Mr BIANNIC et les 4 DDTM), le politique (conseil régional et des conseils généraux), la chambre régionale d’agriculture avec ses élus et des salariés, l’ODESA et des paysans (représentant les diverses tendances : JA , Confédération Paysanne , FRCIVAM et FRAB).
Le constat est sans appel : la diminution du nombre d’installations « aidées » se poursuit. 500 en Bretagne en 2011 contre plus de 1 000 en 1997, année où a débuté cette dégradation.
Parallèlement, le nombre d’installations en agriculture biologique ne cesse d’augmenter pour atteindre en moyenne 20 % des installations en Bretagne en 2011 (jusqu’à 28 % dans le 56 et 25 % dans le 29). Même si les installations se font en général sur des petites surfaces, et que ces 20% d’installations ne font pas 20 % de la SAU, force est de reconnaître que l’agriculture biologique fait partie intégrante du « paysage agricole » breton et l’administration, entre autre, est bien obligée de composer avec !!! Pour ces jeunes qui s’installent c’est un véritable « projet de vie » inscrit dans une farouche envie d’être en phase avec une nouvelle demande sociétale (produits de proximité, sains et respectueux de son milieu et de ses équilibres…).
Autre point à l’ordre du jour de ce CRIT , une énième proposition des JA : une grille à points pour le calcul des DJA (Dotations Jeune Agriculteur) commune à tous les départements. Petit rappel : jusqu’à présent, chaque département attribue un montant de « dotation » aux jeunes agriculteurs de manière indépendante, avec un système à points pour certains départements ou sur la base de critères pour d’autres. Les critères : hors cadre familial, agriculture biologique, vente directe sont les plus favorables pour obtenir une dotation élevée. Ce mode de calcul favorise beaucoup nos installations et la plupart des « JA BIO » s’en sortent avec une DJA élevée. Mais cela n’est pas du goût de tout le monde et notamment des JA qui proposent donc une grille d’attribution commune à tous les départements en y introduisant un nouveau critère de calcul : le ratio annuité/EBE. Si celui-ci est inférieur à 35%, la DJA est diminuée. Pour faire simple : plus les investissements seront élevés et plus la DJA sera importante. A l’inverse, les « petits projets » ou les «projets économes», caractéristiques de la plupart des projets d’installations en bio, verront leur DJA imputée. (Une simulation avec cette grille réalisée à la dernière CDOA du 29 a montré que tous les projets bios auraient une DJA minimum !) Affaire à suivre de près.
Autre sujet abordé : la transmission des exploitations. Alors que les exploitations «conventionnelles» n’en finissent plus de s’agrandir jusqu’à en devenir « irreprenables», que dans 15 ans, plus de 50 % de chefs d’exploitations de polyculture-élevage partiront à la retraite, quel modèle agricole se redessinera ?
Fini le modèle des «trente glorieuses» où l’objectif était de produire à «tout va» avec l’aide de l’agrochimie et avec toutes ses conséquences avérées ? Pas si sûr …Lorsque l’on entend toujours le même discours martelé dans les campagnes et dans les médias par les ténors de l’agriculture intensive : «il est absolument impératif de maintenir notre volume de production !» (Quitte à en crever…)
Et nous, jeunes ou moins jeunes installés en agriculture bio, ou paysans en fin de carrière, quelles réflexions nous inspire cette situation ? Comment envisageons-nous la transmission de nos patrimoines, de nos savoir-faire, et au-delà, de nos cheptels, de nos terres, nos stocks, nos bâtiments ? Quelles valeurs désirons-nous transmettre à nos enfants ??? C’est un débat naissant et un enjeu colossal pour notre avenir…et il est grand temps de s’en préoccuper !