Le Lapin Bio. Une production trop méconnue

A l’occasion de la création de l’Association des éleveurs de lapin bio de France, Symbiose revient sur un production marginale mais qui offre des débouchés.

Avec une vingtaine d’éleveurs au niveau national, 4 en Bretagne, le lapin biologique est une production qui reste marginale. Pourtant les marchés existent, en circuit court, le lapin peut représenter un complément sur un étalage de viande, en filières longue, les marchés à explorer sont très nombreux. La création de l’Association des éleveurs de lapins bio de France est l’occasion de faire un focus sur une production trop méconnue avec André Lebrun, président de cette jeune association, et producteur à Goven (35) et Isabelle Le bras éleveuse à Laillé (35).

Comme pour l’escargot ou l’autruche, le règlement cadre (CE n°834/2007) et le règlement d’application « principal » (CE n°889/2008) n’incluent pas la production cunicole. Chaque pays membre a donc la charge de définir un cahier des charges. Le cahier des charges français (CCF) spécifique aux productions non définies par la Commission européenne à donc été mis en place et publié au Journal Officiel en janvier 2010. La production de lapin certifiée en agriculture biologique en France, fait donc référence à ce cahier des charges.

Il n’existe pas une manière de produire du lapin en bio, chaque éleveur adapte son élevage et ses pratiques en fonction des observations qu’il réalise. L’échange entre producteurs, souvent isolés, demeure primordial, la création de l’association des éleveurs de lapins bio de France doit permettre de répondre à cette demande.

La fabrication de cages est l’un des premier choix à réaliser lors de la mise en place de l’atelier. Plusieurs modèles sont aujourd’hui testés, mais la plus répandue reste la cage mobile, qui est inspirée du système Thermeau, nom de l’éleveur qui a remis au goût du jour cette technique. Les cages maternités sont grillagées, elles mesurent 2,40 mètres de long pour 1 mètre de large avec à l’extrémité un nid de 50 cm. Celles d’engraissement sont plus longues (3 m) avec un abri fermé. D’un investissement relativement faible au départ (120€/cage hors MO), la cage mobile impose d’être déplacée une ou plusieurs fois par jour. La distribution de l’alimentation, la gestion de l’eau d’abreuvement (le plus souvent en bouteille) engendrent un temps de travail important. Les parcs sont aussi expérimentés par des producteurs pour la phase d’engraissement. Ils sont grillagés à 1 mètre de hauteur, surmontés d’une clôture électrique pour dissuader les prédateurs, et d’une seconde clôture à l’intérieur du parc à 10 cm du sol pour éviter que le lapin ne creuse sous la clôture.

Pour André Lebrun, le premier choix de cages s’est porté sur les cages mobiles : « manipulation facile, rapidité de blocage des lapins dans les abris et confort des niches ». L’exploitation en compte aujourd’hui 120, en bois et grillage. Depuis 2 ans, les parcs fixes et mobiles sont testés pour l’engraissement. L’exploitation compte 7 parcours fixes de 625 m² et 2 parcours mobiles de 9 m².

Le Lapin: un animal fragile

La gestion de l’alimentation et de la santé restent les points clefs de l’élevage cunicole. Doté d’un appareil digestif très fragile, le lapin est très sensible aux variations de son alimentation. Les problèmes digestifs (coccidiose, diarrhée…) sont l’une des principales problématiques. Pour Isabelle Le Bras, la gestion des parcours et le déplacement des cages doivent être gérés avec rigueur. Les retours trop rapides des cages dans la même zone peuvent être une source de problèmes, notamment la coccidiose. André s’impose des délais entre deux pâturages à plus de 3 mois, tout en estimant qu’il serait préférable d’augmenter ce temps. L’alimentation est basée sur l’herbe et le foin, complétée par un mélange à 50 % de céréales produits sur la ferme et d’un aliment du commerce.

La sélection des souches reste très artisanale. André a fait le choix d’en utiliser plusieurs en croisement : du Géant papillon, du Fauve de Bourgogne, de l’Argentré de Champagne et de l’Argentré Saint-Hubert, l’objectif étant de gagner en rusticité et en qualité maternelle. Là aussi le système D prime avec des échanges de reproducteurs entre éleveurs.

Les deux éleveurs rencontrés pour cet article s’accordent sur le fait que l’œil de l’éleveur est primordial dans la gestion de cet élevage. Mais malgré une expérience importante, André estime que le taux de perte de son élevage entre la naissance et l’abattage est de plus 20%. La prédation par les renards, les chiens errants et même les sangliers qui viennent se nourrir de céréales peuvent être problématiques. Isabelle, dont la ferme est limitrophe d’un bourg, a souvent connu des pertes importantes.

La saisonnalité et commercialisation…

Isabelle Le Bras a fait le choix de produire du lapin uniquement à l’herbe, et donc avec des naissances de printemps. André Lebrun souhaite produire toute l’année. Avec 5 saillies par an, l’objectif est de 3,5 portées par lapine avec 6 à 8 lapins au sevrage. Si les mises à la reproduction de printemps ne posent pas de problème, elles sont plus compliquées en été (50% de réussite). Cette saisonnalité de la production entraîne souvent une surproduction en été, période où le lapin n’est pas forcément le plus prisé par le consommateur, et un déficit de production en début d’année. Cette problématique est en partie compensée par la variation des durées d’engraissement (entre 4,5 et 6 mois) et pour André par une transformation de la viande en pâté sur la période estivale.
Le lieu d’abattage est une problématique importante, peu d’abattoirs acceptent le lapin et avec des volumes limités l’investissement est difficilement envisageable.

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