La filière lait bio en question

Solen Le Davadic

A l’occasion de La Terre est notre métier, des producteurs bio viendront témoigner des évolutions et des perspectives pour la filière dans le Grand Ouest. Trois questions à Solen Le Davadic, Chargée d’étude à la FRAB Bretagne

On annonce + 30% de lait bio sur le marché en 2011 dans le Grand Ouest. Comment expliquer cette croissance ?
Cette croissance est liée à un contexte de crise dans le conventionnel et à l’effet Grenelle de l’environnement qui a sensibilisé les agriculteurs sur les risques de l’agriculture intensive. Il y a donc eu un phénomène important de conversion à l’agriculture biologique en 2008-2009. On estime, par exemple, les volumes à 60 millions de litres supplémentaires pour le Grand Ouest pour près de 200 nouveaux éleveurs entrés en conversion. En plus, certaines laiteries continuent de proposer des primes à la conversion car la demande en produits laitiers bio augmentent toujours du côté des consommateurs et des transformateurs.

Comment réagissent les producteurs bio du Grand Ouest à cet afflux de lait bio ?
Ces volumes arriveront en bio sur le marché en 2011-2012. Les producteurs de lait bio ont déjà connu une période de surproduction en 2002-2005. Il y avait eu une augmentation de 27% des volumes entre 2001 et 2002. C’est un peu le même schéma qui se profile et ils redoutent une nouvelle crise : une baisse des prix, voire une non valorisation de leur lait en bio. Mais grâce à l’expérience passée, ils réfléchissent à la manière de réguler les volumes qui arrivent : une meilleure concertation entre les acteurs de la filière, par exemple. Un observatoire des conversions a aussi été mis en place au niveau national pour anticiper l’arrivée des nouveaux volumes de lait bio.

Quelles solutions sont envisagées pour sécuriser le marché dans le Grand Ouest ?
Des concertations sont en cours depuis 2009 entre les producteurs et les laiteries. De leur côté, les producteurs bio souhaitent mettre en place une nouvelle structuration de la filière. Ils envisagent la création d’organisations de producteurs, de type associatif dans un premier temps. Soit par laiterie, soit par bassins de collecte. Ou les deux. Ces organisations ne seront ni syndicales ni politiques. A noter que cette dynamique est plus ou moins évidente selon les départements et le contexte local de la filière. A terme, cette démarche permettra de fédérer l’ensemble des producteurs de lait bio du Grand Ouest. L’idée serait d’avoir un espace de discussion qui améliore la vision de la filière et de ses évolutions, et de mieux réguler, si besoin, les volumes produits.

Comment entrer en contact avec les organisations de producteurs ?
Une conférence est organisée, sur ce thème, à l’occasion du salon professionnel de la bio du Grand Ouest, La Terre est notre métier, qui se tient les 8, 9 et 10 octobre à Guichen. La conférence a lieu le vendredi 8 octobre à 15h15, salle galatée 1. Sur les stands des producteurs bio du Grand Ouest, des éleveurs et des techniciens seront aussi présents pour apporter des réponses. A noter aussi la présence de Biolait sur le salon­­­­. C’est une organisation de producteur qui collecte et commercialise du lait bio. Elle compte une centaine d’adhérents en Bretagne. Elle livre une quarantaine de transformateurs. 150 produits et marques lactés bio sont fabriqués avec du lait de Biolait.

Propos recueillis par Virginie Jourdan

Tags :